Un soir d’été à Lille, j’ai découvert cette salade dans un petit bistrot tenu par un ami gascon. Le contraste entre les gésiers tièdes et le mesclun frais, le croquant des noix, la douceur du magret séché… j’ai su immédiatement que je la ferais chez moi. Depuis, la salade périgourdine est devenue un incontournable de mes tablées estivales. C’est le genre de plat qui impressionne sans effort : généreux, parfumé, coloré. On la sert en entrée gourmande ou en plat complet, avec une bonne baguette et un verre de blanc fruité. Aujourd’hui, je vous livre ma version, celle qui sent bon le Sud-Ouest et qui réconcilie tout le monde avec les salades composées.
Temps de préparation : 15-20 minutes
Temps de cuisson : 10-15 minutes
Nombre de portions : 4 personnes
Ingrédients
Pour la base verte :
- 100 à 150 g de mesclun (ou batavia, feuille de chêne, frisée, mâche)
Les stars du canard :
- 400 g de gésiers de canard confits (200 g pour une version plus légère)
- 100 g de magret de canard séché ou fumé
- 75 g de foie gras mi-cuit (facultatif mais festif)
Les légumes :
- 200 à 250 g de tomates cerises
- Haricots verts blanchis (optionnels)
- Pommes de terre en rondelles tièdes (optionnelles)
Le croquant et la garniture :
- 100 à 150 g de cerneaux de noix
- 50 g de croûtons grillés
- 2 œufs durs (ou 6 à 8 œufs de caille)
Pour la vinaigrette :
- 2 à 3 cuillères à soupe d’huile de noix
- 1 à 2 cuillères à soupe de vinaigre (framboise, vin rouge, xérès ou balsamique)
- 1 cuillère à café de moutarde douce ou à l’ancienne (facultative)
- Sel de Guérande et poivre du moulin
Préparation
Étape 1 : Cuire les œufs
Commencez par les œufs, histoire de ne pas les oublier en fin de parcours. Portez une casserole d’eau à ébullition, plongez délicatement les œufs et laissez cuire 9 minutes précises pour obtenir un jaune bien cuit mais moelleux. Passez-les immédiatement sous l’eau froide pour stopper la cuisson, puis écalez-les avec soin. Coupez-les en quartiers et réservez-les dans un bol. Si vous utilisez des œufs de caille, comptez 4 minutes de cuisson seulement.
Étape 2 : Dorer les gésiers
Voici le moment magique. Sortez vos gésiers de leur bocal en conservant la graisse qui les enrobe. Chauffez une poêle à feu moyen, sans ajouter de matière grasse : la graisse du confit suffit amplement. Déposez les gésiers et laissez-les dorer tranquillement en remuant de temps en temps. Vous cherchez une belle coloration dorée, un peu croustillante à l’extérieur, mais sans les dessécher. Comptez 8 à 10 minutes. Le secret ? La patience. Un feu trop vif et ils durcissent ; trop doux et ils restent mous. Quand ils sont prêts, réservez-les au chaud sur une assiette recouverte de papier absorbant.
Étape 3 : Préparer les autres éléments (si besoin)
Si vous avez opté pour les pommes de terre, faites-les cuire dans l’eau bouillante salée jusqu’à tendreté, puis coupez-les en rondelles épaisses pendant qu’elles sont encore tièdes. Pour les haricots verts, plongez-les 5 minutes dans l’eau bouillante, puis rafraîchissez-les dans un saladier d’eau glacée pour fixer leur belle couleur verte.
Lavez soigneusement votre mesclun à l’eau froide, essorez-le dans une essoreuse à salade ou dans un torchon propre. Une salade humide, c’est la catastrophe assurée : la vinaigrette glisse, tout devient mou, bref, c’est raté. Prenez le temps de bien la sécher.
Coupez les tomates cerises en deux. Émincez finement le magret séché (un bon couteau bien aiguisé, c’est essentiel). Si vous utilisez du foie gras, taillez-le en lamelles délicates.
Étape 4 : Composer la vinaigrette
Dans un petit bol, versez le vinaigre de votre choix. J’aime beaucoup le vinaigre de framboise pour son côté fruité qui équilibre le gras du canard, mais un bon vinaigre de vin rouge fait très bien l’affaire. Ajoutez une pointe de moutarde si vous aimez (elle aide à émulsionner), salez, poivrez. Versez ensuite l’huile de noix en filet en fouettant légèrement. L’huile de noix, c’est le cœur aromatique de cette salade : elle sent bon le terroir, elle parfume sans écraser. Goûtez et ajustez selon votre goût.
Étape 5 : Monter la salade
Ici, deux écoles : certains préfèrent tout mélanger dans un grand saladier, d’autres (dont je fais partie) dressent directement dans les assiettes creuses pour un résultat plus soigné. À vous de voir.
Disposez le mesclun en lit généreux. Arrosez d’un premier filet de vinaigrette, juste ce qu’il faut pour enrober les feuilles sans les noyer. Répartissez ensuite les tranches de magret séché, puis les gésiers encore tièdes (c’est ce contraste chaud-froid qui fait toute la magie du plat). Ajoutez les tomates cerises, les quartiers d’œufs durs, les cerneaux de noix et les croûtons. Si vous avez du foie gras, déposez les lamelles ici et là, comme de petits trésors. Terminez par un dernier filet de vinaigrette et quelques noix bien visibles pour le décor.
Étape 6 : Servir immédiatement
Une salade périgourdine, ça ne se fait pas attendre. Servez aussitôt, pendant que les gésiers sont tièdes et que la salade est encore croquante. Accompagnez de tranches de pain de campagne grillé pour saucer (oui, on a le droit).

Quelle est l’origine de la salade périgourdine ?
La salade périgourdine nous vient tout droit de Gascogne, cette région du Sud-Ouest qui a fait du canard un art de vivre. On la confond souvent avec sa cousine landaise, mais chacune a ses particularités. Ce qui les réunit ? L’esprit généreux de ces terres où l’on ne plaisante pas avec la table.
Historiquement, cette salade est née dans les fermes et les auberges du Périgord, où l’on accommodait les restes de confit, les gésiers et le magret séché avec ce qu’on avait sous la main : de la salade du jardin, des noix des arbres alentour, quelques tomates de saison. Rien de compliqué, tout dans la justesse des produits. Le canard, animal emblématique de la région, se décline ici sous toutes ses formes : confit, séché, en foie gras pour les grandes occasions.
Au fil du temps, la recette s’est enrichie, modernisée, mais l’esprit reste le même : valoriser le terroir, jouer sur les contrastes de textures et de températures, créer un plat complet qui tienne au corps sans être lourd. C’est une cuisine d’instinct, où chaque famille, chaque bistrot a sa version. Certains ajoutent des pommes de terre, d’autres des haricots verts ou même des lamelles de poire. La seule règle intangible : le canard et les noix doivent être présents.
Cette salade incarne parfaitement la philosophie gasconne : de bons produits, pas de chichis, et une générosité qui se voit dans l’assiette. Quand je la prépare, je repense toujours à ce bistrot lillois tenu par mon ami gascon, à sa façon de la servir avec fierté, en expliquant l’origine de chaque ingrédient. C’était plus qu’un plat, c’était une déclaration d’amour à sa région.
Que boire avec une salade périgourdine ?
L’accord vin et salade périgourdine, c’est un exercice plus subtil qu’il n’y paraît. On a affaire à un plat riche, avec le gras du canard et du foie gras, l’acidité de la vinaigrette, le croquant des noix… Il faut un vin capable de tenir tête à cette complexité sans l’écraser.
Ma première recommandation : un blanc sec et fruité. Je pense notamment à un Sancerre bien frais, avec ses notes d’agrumes et sa minéralité. Cette vivacité tranche le gras du canard et accompagne parfaitement la vinaigrette à l’huile de noix. Un blanc du Sud-Ouest, comme un Jurançon sec ou un Pacherenc du Vic-Bilh, fonctionne aussi à merveille : on reste dans le terroir, et ces vins ont cette rondeur fruitée qui s’entend bien avec les gésiers confits.
Si vous préférez le rouge, optez pour un vin léger et fruité. Un Pinot Noir d’Alsace ou de Bourgogne, servi légèrement rafraîchi (14-15°C), apporte ses arômes de fruits rouges sans alourdir l’ensemble. Évitez les rouges trop tanniques ou trop puissants : ils écraseraient les saveurs délicates du magret séché et se heurteraient à l’acidité de la vinaigrette.
Pour une option plus audacieuse, un rosé de caractère du Sud-Ouest (Béarn, Madiran) peut surprendre agréablement. Servi bien frais, il offre le meilleur des deux mondes : la fraîcheur d’un blanc et la structure d’un rouge léger.
Personnellement, lors d’un déjeuner estival, je sers cette salade avec un Sancerre ou un blanc du Mâconnais. Le soir, je penche pour un Pinot Noir délicat. L’essentiel est de rester sur des vins qui respectent la complexité du plat sans chercher à le dominer. La salade périgourdine mérite un vin qui dialogue avec elle, pas un vin qui fait la conversation tout seul.
Et puis, soyons honnêtes : avec une belle tranche de pain de campagne et des amis autour de la table, même un simple verre d’eau ferait l’affaire. C’est ça aussi, l’esprit du Sud-Ouest.

Thomas Leclerc est rédacteur indépendant et photographe culinaire. Ancien chef dans le Nord de la France, il partage sur La Table des Amis ses recettes de saison, ses inspirations déco et ses voyages gourmands à travers l’Europe.