Imaginez une table ensoleillée, des légumes croquants encore frais du marché, et cette sauce onctueuse aux anchois qui embaume l’ail et l’huile d’olive… L’anchoïade, c’est un peu le Sud condensé dans un bol. Ce plat provençal généreux se partage entre amis, autour de belles crudités et de tartines grillées. Authentique et facile à préparer, cette recette ravira ceux qui aiment les saveurs franches et la cuisine du soleil.
Temps de préparation : 10 à 20 minutes
Temps de cuisson : 9 minutes (pour les œufs)
Nombre de portions : 6 personnes
Ingrédients
Pour les légumes et accompagnements
- 6 artichauts violets de Provence
- 1 petit chou-fleur
- 1 botte de radis
- 2 petits concombres NOA
- 3 grappes de tomates cerises
- 12 champignons de Paris rosés
- 12 mini carottes
- 6 mini fenouils
- 6 œufs durs (ou 18 œufs de caille pour une version plus raffinée)
Pour la sauce anchoïade
- 125 g d’anchois désalés et nettoyés
- 1 cebette ou 1/4 d’oignon nouveau
- 1 tige de persil plat ou de céleri
- 1/2 gousse d’ail
- 16 cl d’huile d’olive
- 1/4 de cuillère à café de sucre fin
- Poivre selon les préférences
Préparation
Étape 1 : cuire les œufs
La première chose à faire, c’est de préparer les œufs. Plongez-les dans une casserole d’eau froide, puis portez à ébullition. Comptez 9 minutes de cuisson pour des œufs de poule bien fermes, 3 minutes seulement pour des œufs de caille. Une fois cuits, passez-les immédiatement sous l’eau froide pour stopper la cuisson et faciliter l’écalage. Réservez-les au frais.
Étape 2 : préparer les légumes
Lavez soigneusement tous les légumes à l’eau claire. Taillez les concombres, les carottes et les fenouils en bâtonnets réguliers — ça rend la dégustation plus élégante et pratique. Les radis peuvent rester entiers avec quelques feuilles si elles sont belles, les tomates cerises en grappes aussi. Quant aux artichauts violets, retirez les premières feuilles dures et taillez-les en quartiers. Disposez le tout sur un grand plat de service, en jouant sur les couleurs et les formes.
Étape 3 : réaliser la sauce anchoïade
C’est là que la magie opère. Dans un mixeur, versez la cebette émincée (ou l’oignon nouveau), la demi-gousse d’ail épluchée, la tige de persil plat ou de céleri, ainsi que le sucre fin. Mixez jusqu’à obtenir un mélange parfaitement lisse. Ajoutez ensuite les anchois désalés — prenez le temps de bien les rincer pour retirer l’excès de sel — et mixez à nouveau.
Versez alors l’huile d’olive en filet continu, tout en continuant de mixer. Cette technique permet d’émulsionner la préparation et d’obtenir une texture crémeuse, presque onctueuse, qui rappelle celle d’une mayonnaise. Goûtez et ajustez l’assaisonnement avec un peu de poivre si nécessaire. Les anchois apportent déjà beaucoup de caractère, alors allez-y avec parcimonie.
Étape 4 : blanchir la sauce
Voici une astuce du chef Edouard Loubet : ajoutez un glaçon à la préparation et mixez encore quelques secondes. Ce geste simple permet de refroidir légèrement la sauce, de raffermir sa texture et de stopper l’excès de chaleur généré par le mixeur. La sauce devient alors plus stable, plus brillante, plus appétissante.
Étape 5 : dresser et servir
Disposez les légumes croquants et les œufs écalés sur un grand plat. Versez l’anchoïade dans un bol à part, ou nappez directement certains légumes pour donner envie. Servez bien frais, accompagné si vous le souhaitez de tartines de pain de campagne grillées. Autrefois, on les faisait cuire sur des sarments de vigne pour leur donner un parfum fumé inoubliable — une tradition qui mérite d’être redécouverte si l’occasion se présente.
Origine et histoire de l’anchoïade
L’anchoïade fait partie de ces recettes méditerranéennes qui racontent une terre, un climat, une façon de vivre. Née en Provence, elle incarne la cuisine populaire du Sud, celle qui célèbre les produits simples et généreux : l’anchois, l’huile d’olive, l’ail, les légumes du soleil.
Historiquement, ce plat était servi avec des tartines grillées sur des sarments de vigne, ces branchages secs et parfumés qui donnent au pain un goût unique, légèrement fumé. On le dégustait en famille ou entre voisins, lors des beaux jours, souvent accompagné de légumes frais du potager et d’œufs durs. C’était un repas complet, économique, parfait pour nourrir une tablée sans se ruiner.
Les anchois de Collioure, réputés depuis le Moyen Âge, sont considérés comme les meilleurs pour cette recette. Leur préparation artisanale — salage à la main, maturation lente en fûts de chêne — leur confère une saveur incomparable, à la fois puissante et raffinée. Aujourd’hui encore, certaines familles provençales perpétuent la tradition en préparant leurs propres anchois maison, transmettant ainsi un savoir-faire ancestral.
L’anchoïade, c’est aussi un plat d’été par excellence. Frais, coloré, facile à partager, il s’invite naturellement sur les tables de fin de printemps et d’été, quand les marchés regorgent de légumes croquants et que l’on n’a plus envie de passer des heures en cuisine.
Variantes et substitutions
Adapter les légumes selon la saison
L’un des grands plaisirs de l’anchoïade, c’est qu’elle s’adapte à ce que l’on trouve au marché. Remplacez le fenouil par du céleri-branche bien croquant, les mini carottes par des carottes classiques taillées en bâtonnets, ou ajoutez des poivrons rouges et jaunes pour encore plus de couleurs. Les haricots verts cuits al dente, les asperges vertes blanchies, ou même des endives peuvent aussi rejoindre la composition.
Personnaliser la sauce
Dans le Var, on ajoute souvent des câpres hachées et une pincée de thym frais à la sauce. Ces deux ingrédients apportent une note acidulée et aromatique qui équilibre la puissance des anchois. Certains cuisiniers glissent aussi quelques olives noires dénoyautées dans le mixeur pour une version encore plus méditerranéenne.
Si vous trouvez la sauce trop forte, n’hésitez pas à augmenter légèrement la quantité de sucre. Ce petit geste adoucit l’amertume des anchois sans dénaturer le goût. Vous pouvez aussi ajouter un trait de vinaigre de vin blanc ou de jus de citron pour relever l’ensemble.
Version végétarienne
Même si l’anchois reste l’âme de ce plat, on peut imaginer une version sans poisson en utilisant des algues kombu ou du miso blanc pour retrouver cette saveur umami si caractéristique. La texture crémeuse peut être obtenue avec de la crème de cajou ou du tahini, toujours avec de l’ail, de l’huile d’olive et des herbes fraîches.

Thomas Leclerc est rédacteur indépendant et photographe culinaire. Ancien chef dans le Nord de la France, il partage sur La Table des Amis ses recettes de saison, ses inspirations déco et ses voyages gourmands à travers l’Europe.
